Connect with us

POLITIQUE

Deux intellectuels en politique (Par Abdoul Aziz Diop)

Publié il y a

ce

44 Vues

Dans une interview accordée en septembre 2010 au site Internet d’information ferlo.com, l’écrivain et philosophe, grand ami d’El Hadji Kassé, Hamidou Dia, se prononça sur « la fermeture d’une longue séquence historique ouverte par Blaise Diagne en 1914 et que l’actuel président de la République (Abdoulaye Wade) va  clôturer ». Dans la foulée, Hamidou convia ses concitoyens à « une réflexion approfondie concernant l’étape suivante ». Bien connu pour sa fringale du pouvoir, un «candidable» ( Idrissa Seck ) s’invita malencontreusement au débat initié par l’auteur des «Remparts de la mémoire » en déclarant avoir commencé un « cycle » après « celui des Blaise Diagne, Ngalandou Diouf, Lamine Guèye, Senghor, Mamadou Dia, Abdou Diouf » et Abdoulaye Wade. Un simple rappel des réflexions de Léopold Sédar Senghor et de Mamadou Dia sur la
politique suffit à lui montrer qu’une longue séquence ne se ferme pas totalement et qu’un nouveau cycle porteur ne commence jamais sans emprunt significatif à la séquence qui l’a précédé. Chargé de présenter le « Rapport de politique générale », intitulé « Politique, nation et développement moderne », au VIe congrès (1968) de l’Union progressiste sénégalaise (UPS), le président Senghor entreprit d’abord de définir la politique pour permettre aux délégués de s’approprier la haute idée qu’il se faisait du concept. Pour résoudre à moitié le problème, comme il en avait l’habitude, le secrétaire général de l’UPS en fit l’historique. Aussi insista-t-il sur l’origine grecque du mot dérivé de l’adjectif politikos – signifiant : « qui concerne l’État, les affaires publiques» – ou du substantif politiké qui, lui, désigne « la science des affaires de l’État, des affaires publiques ». En suivant
Senghor, le lecteur se rend bien compte de l’origine du remplacement de l’État par la « Cité ». C’est que l’adjectif et le substantif grecs dérivent tous les deux de polis signifiant « Cité ». *La politique est donc la science des affaires de la cité* qui, elle, « existe pour vivre avec aisance et abondance » selon Aristote. Mais le brillant rapporteur déplora aussitôt après le rétrécissement d’un mot qui ne désigne alors que « l’art deprendre le pouvoir ou de s’y maintenir ». Et la sentence du président Senghor contre laformule « Politique d’abord » traduisant cet art-là fut sans appel : «Vouloir se maintenir, à tout prix, au pouvoir, c’est accepter, à l’occasion, de violer les lois et les règlements,
singulièrement de refuser, aux citoyens, l’exercice de leurs libertés : publiques et  individuelles.» Et Senghor de conclure : « la politique est la science totale de laformation de l’Homme par le développement ».La séquence politique à laquelle appartient le président Senghor n’est donc pas
fermée pour le « candidable » ( Idrissa Seck) qui fonda le déclassement de son « mentor » (Abdoulaye Wade) sur l’inconstitutionnalité de sa candidature pour un 3ème mandat. La séquence est d’autant plus ouverte qu’elle se nourrit de la pensée politique d’un autre intellectuel en politique : le président Mamadou Dia. Dans la lettre de prison datée du 30 mai 1972 – lettre que le prisonnier âgé de 61 ans et malade dicta à l’émissaire qu’il reçut et qui se chargea de la transmission à Léopold Sédar Senghor – Dia écrit : « D’abord je crois qu’il faut distinguer la politique en tant qu’intégration de la cité, dans la communauté humaine, et la politique en tant que déploiement d’une technologie de la conquête ou de la conservation du pouvoir ». Le déporté – se plaçant « sous l’angle plus profondément significatif » de la politique – explicitait ainsi le sacerdoce qu’on lui demanda d’abandonner en échange de sa libération. C’est sans équivoque qu’il refusa l’offre. « L’engagement de s’exclure [de la] politique serait la traduction d’un comportement a-national ou antinational. Ce serait dire que le destin de mon pays n’entre plus dans mes préoccupations, ne me regarde pas », répondit Mamadou Dia. Plusieurs années après sa sortie de prison, Dia – s’adressant aux « déviants » qui voulurent l’atteindre en déformant son rapport au pouvoir – dit concevoir le pouvoir comme un « service public ». Et l’ancien président du Conseil d’ajouter : « Je ne suis pas resté 12 ans en prison pour avoir refusé de dire que je renonçais à la politique, pour le faire maintenant. » Un « candidable » réellement opposé à la dévolution monarchique du pouvoir qui se préparait retiendra aussi de la longue séquence à laquelle Dia a appartenu une critique sans équivoque d’une dévolution de cette nature. Parlant des « mutations chez l’homme Senghor », Mamadou Dia écrit : «Après avoir échoué sur tous les plans, dire : ′′je m’en vais, mais avant de partir je choisis pour vous′′, c’est se prendre pour un Roi et prendre le peuple comme sujet.Personne n’est d’accord ». C’est ce que nous disions tous en 2011 quand l’intention de se faire remplacer par son fils avait été prêtée au président Wade. Hamidou Dia entendait par fermeture de la séquence inaugurée par Blaise Diagne « la fin de l’exercice sans partage du pouvoir ». Il n’est donc pas raisonnable de vouloir susciter un nouveau cycle sans s’interroger – comme le fit par ailleurs Hamidou – « sur
les prétendants pour mieux comprendre leur vision, leur projet, leur qualité et leur défaut pour que le moment venu, le vote soit éclairé…, qu’il ne soit pas aveugle ». Y renoncer, c’est accréditer l’idée (fausse) selon laquelle le Sénégal ne peut plus s’élever jusqu’au niveau auquel se hissèrent Senghor et Dia. Deux intellectuels en politique dont nous payons toujours le prix fort de la séparation.
Le 30 janvier 2019, le président Macky Sall rendit un vibrant hommage au président Dia en inscrivant son nom au fronton du plus imposant édifice de la République, le Building administratif. Un baume au cœur des honnêtes gens. Qu’en reste-t-il depuis le 1er novembre 2020 ?
A.A.D

Donnez votre avis

Afficher commentaire
guest
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

Articles Similaires

POLITIQUE

Le Sénégal rejoint le Passeport Logistique Mondial

Publié il y a

ce

45 Vues

Beut7 •

Le Sénégal a rejoint le Passeport Logistique Mondial( PLM) ce Jeudi 26 novembre, comme pôle logistique pour l’Afrique.

Donnez votre avis

Afficher commentaire
guest
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
La signature accord-cadre a été matérialisée, lors d’une cérémonie virtuelle, entre le ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération, Amadou Hott et le Président de la Dubai’S Ports , Customs ans Free Zone Corporation, le Sultan Ahmed Bin Suleyem.
Les Directeurs Généraux du Port de Dakar, d’Air Sénégal, de LASSA et les représentants des DOUANES qui ont conclu avec la Dubai Logistics World (DLW), l’entité mandatée par les autorités des Emirats Arabes Unis pour mettre en oeuvre le PLM, etaient également présents .
Le Sénégal devient après la Colombie le second rejoindre officiellement ce programme conçu pour surmonter les barrières commerciales, telles que les insuffisances de la chaîne logistique, qui constituent un frein à la croissance des échanges entre les marchés émergents.
Cette adhésion permettra aux entreprises sénégalaises et africaines d’accéder à de nouveaux marchés avec un gain considérable en temps et en coût.

Articles Similaires

Lire la Suite...
Beut7.com L'information qui vous (r)éveille ! Pour vos dernières nouvelles, notre équipe toujours prête à vous informer 24h/24 ! Connectez-vous sur nos réseaux et béneficiez d'une panoplie d'informations à la une, Buzz - Peoples du moment et Vidéos etc. sur le SENEGAL, l'afrique et le reste du ...
Girl in a jacket

L'information qui vous (r)éveille !

Contact

Gueule Tapée 67x68

+221 33 842 38 49

courrierbeut7@gmail.com

www.beut7.com

Copyright © 2019 Beut7.com

0
Laissez un commentairex
()
x